25.02.2007
AH... LA CHANCE AUX CHANSONS...
Un extrait de "Sainte Mylène, priez pour moi !"
Ah… La chance aux chansons, j’avais oublié, tiens ! L’émission culte de Monsieur Pascal Sevran, soit le rendez-vous télé obligé de tous nos ancêtres. En effet, tous les après-midi de la semaine, vers quinze heures, nos grands-parents s’installaient confortablement devant leur vieille télé pour voir et pour écouter tous ces chanteurs français qui « chantent avec leur cœur » comme le disait si bien ma mamie de Strasbourg, Marguerite. La chance aux chansons, l’un de mes seuls castings réussis. Bravo l’artiste ! Faire le pot de fleur jeune et joli qui se dandinait sur des airs d’accordéon, le sourire niais mais ravi de participer à ce rendez-vous culturel, quelle gloire !
Le jour où j’avais sérieusement commencé ma formation de comédien sur les bancs du Cours Florent, je me voyais déjà simuler un amour inconditionnel pour Sophie Marceau tout en lorgnant sur la braguette de Gérard Lanvin. Le doux rêveur ! Et non, à la place de quoi, j’avais lamentablement atterri dans ce décor rose bonbon sans la moindre passion à exprimer… Juste à applaudir gaiement en émettant des « ohhh ! » et des « ahhh ! » d’admiration après chaque commentaire sensé être comique de ce cher Pascal. Drôle de début de carrière, et aucun Gérard Lanvin à l’horizon si ce n’est un essaim de fées toutes plus hystériques les unes que les autres.
Là, j’exprime mon dédain par le biais de l’ironie mais pour être totalement honnête, je m’y suis énormément amusé. Pascal Sevran avait beau être un personnage capricieux, prétentieux, mégalo et colérique, c’était un individu juste et terriblement professionnel. J’irais même jusqu’à dire, au risque de me couvrir de ridicule, que je le trouvais fascinant. Sans mentir, il avait une culture hallucinante, il a fréquenté tant de monuments de la chanson française et puis, il a quand même écrit la mythique chanson Il venait d’avoir dix-huit ans chantée par la toute aussi mythique Dalida ! Rien que pour ce détail, il m’inspirait le respect. Un peu comme le Roi Soleil et nous étions sa cour de galants.
En effet, j’ai réellement passé plusieurs mois très agréables au sein de cette équipe avant que la direction de France 2 n’exige, par excès de jeunisme, la suppression de l’émission. Et puis, l’avantage non négligeable d’avoir été un joli pot de fleur chez Sevran durant tout ce temps provenait du cachet. En effet, grâce à mes sourires de jeune dandy bien élevé, issu d’une famille d’officier de l’armée française, je gagnais aussi bien ma vie que si j’avais trimé des heures et des heures dans le fond d’une boutique de luxe ! Et toute cette richesse en échange de deux heures seulement de travail quotidien. Qui dit mieux ? Et même si je rêvais à l’époque du sexe de Lanvin, il a bien fallu bien que je me mette quelque chose sous la dent ! La chance aux chansons était une excellente opportunité mêlant plaisir de paraître et argent facile, des occasions trop rares dans ce métier pour être boudées… De toute manière, comme je pensais que seuls les petits vieux s’intéressaient à ce genre de programme, je pensais que mes prestations ne pouvaient pas nuire à mon image de futur acteur à succès. Le doigt dans l’œil. Le schpountz ! Effectivement, si aucune personne du métier ne m’a jamais fait la moindre allusion sur cette expérience, c’est dans le milieu homo qu’on m’en a parlé pour la première fois. Si l’émission était diffusée l’après-midi, une rediffusion était programmée vers 5 heures du matin, une heure à laquelle des milliers de nightclubbers rentraient de boîte. Et en bons amoureux du décalé, ils se regardaient l’émission avant de se coucher histoire de ricaner sur toutes les ringardises sucrées que Pascal leurs proposait ! Si certains m’ont félicité sur ma capacité à sourire aussi naturellement devant les caméras, d’autres m’ont accusé d’avoir couché avec lui pour intégrer sa troupe des pots de fleur. Les deux commentaires me réjouissaient : le premier, car sourire naturellement sans être figé était un véritable travail de comédien ! Si, si… Le deuxième, parce que je provoquais de la jalousie, donc de la convoitise et ça, j’adorais. Mon ego d’acteur pouvait dormir tranquille. Ah, ce putain d’ego, la source de mon malheur et de ma déchéance… A suivre.
17:55 Publié dans MON ACTU | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note






Commentaires
J'ai totalement craqué sur ce texte. Le roman sort quand ? Je suis impatiente.
Ecrit par : Nathalie | 25.02.2007
Merci... Un jour ? Bientôt ? Je le finis... et la machine partira !
Ecrit par : erwan | 25.02.2007
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